Hommage à Giovanni Occhipinti, aka Ninto (1976-2021) | INSTITUT DE PHYSIQUE DU GLOBE DE PARIS

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  Hommage à Giovanni Occhipinti, aka Ninto (1976-2021)

Versione italiana qui sotto.

 

Giovanni Occhipinti, Ninto pour tous ses collègues et amis, est décédé lors d’un accident de la route le 23 décembre 2021, alors qu’il rejoignait sa ville sicilienne natale, Raguse, pour fêter en famille Noël.

 

Ninto était pour beaucoup de ses collègues une sorte de phare, gentiment et généreusement éclectique, perpétuellement enthousiaste et débordant d’idées qu’il aimait partager. Son ouverture d’esprit et son humour se retrouvaient dans tous ses échanges. Nombre de ses collègues et de ses étudiants gardent des souvenirs mémorables de réunions, de cours, du camp de terrain géo-radar ou tout simplement de discussions avec Ninto très agréablement animés. Il était aussi un des meilleurs experts mondiaux des couplages entre la Terre Interne et l’ionosphère et plus particulièrement des couplages entre tsunami et ionosphère.

 

Ninto découvrit les sciences de la Terre lors d’un séjour Erasmus à l’Institut de physique du globe de Paris (IPGP) pendant sa licence de physique puis de son stage de recherche de Laurea de physique, tous deux de l’Université de Bologne. Sa thèse à l’IPGP l’a lancé dans la science naissante de l’étude des signaux engendrés par les séismes dans l’ionosphère, ce que l‘on nomme désormais la sismologie ionosphérique. Comme souvent dans sa carrière, Giovanni résuma ses premiers travaux avec une formule choc : « une pincée de gravité dans une bonne sauce au plasma… ». Il enchaina rapidement des résultats de premier ordre avec la première détection et modélisation de la signature ionosphérique d’un tsunami (Occhipinti et al., 2006, 2008), puis la première détection et modélisation des ondes de Rayleigh dans l’ionosphère avec un radar transhorizon (Occhipinti et al., 2010), réalisée en étroite collaboration avec l’ONERA. Pour faire cette observation, Ninto n’avait pas hésité à mettre en œuvre l’un de ses grands principes, toujours tenter sa chance : dès réception de l’alerte du second grand séisme de Sumatra, le 28 Mars 2005, sautant dans un taxi, il rejoignit au plus vite le centre de commande du radar Nostradamus. Bien qu’ayant raté le premier train R1 d’onde de surface, il arriva à temps pour programmer le radar et enregistrer le signal du second train R2…

 

Après un postdoc au Caltech et au Jet Propulsion Laboratory, Ninto obtînt en 2008 un poste de Maître de Conférence à l’Université de Paris, où il poursuivit sa carrière au sein de l’équipe de Planétologie et Sciences Spatiales de l’IPGP. Son enthousiasme le fit alors connaître des médias comme un physicien « Touche-à-tout au look improbable », ainsi que le rapporte cette interview de Libération. Il avait de grandes ambitions, et souhaitait « améliorer, avec des nouvelles techniques, l’alerte précoce des tsunamis », comme le rappelle la notice de l’Institut Universitaire de France, dont il était membre junior depuis 2016.

 

Depuis 2010, les publications de Giovanni Occhipinti avec ses étudiants en thèse, postdoc et proches collaborateurs en France et à l’étranger, montrent qu’il était particulièrement bien engagé sur cette voie, avec l’analyse systématique des signaux ionosphériques de tsunami (Occhipinti et al., 2013, Coïsson et al., 2011,  Eisenbeis & Occhipinti, 2021, Kherani et al., 2012, Makela et al., 2011,  Rolland et al., 2010), la première modélisation avec bathymétrie océanique de la luminescence ionosphérique du grand tsunami du Japon de 2011 (Occhipinti et al., 2011), l’invention d’une nouvelle magnitude en sismologie (la magnitude ionosphérique, Occhipinti et al.,  2018) et plus récemment, le développement de nouvelles méthodes rapides de caractérisation ionosphérique des séismes tsunamigéniques (Manta et al. , 2020, Ravanelli et al., 2021), ces dernières initiées en collaboration avec ses collègues de l’Université de Rome La Sapienza. Grâce à son impulsion, la surveillance en temps réel de l’ionosphère sera ainsi un jour faite par les stations GPS du réseau de l’Observatoire de la Guadeloupe.

 

Pour la sismologie ionosphérique,  discipline dont il a contribué aux fondations, y compris avec plusieurs reviews (Occhipinti, 20112015, Jin et al., 2015, Hebert et al., 2021), Ninto était le plus original des ambassadeurs : il initia ainsi de nombreuses collaborations internationales qui contribuèrent à l’expansion de cette nouvelle approche en sismologie, notamment durant des séjours comme professeur invité au Earthquake Research Institute (ERI) de l’Université de Tokyo puis à l’Université de Rome La Sapienza.

 

Mais le champ scientifique de Ninto ne s’est pas limité à la sismologie ionosphérique appliquée à l’étude des tsunamis. Ses recherches l’ont conduit entre autres (voir sa liste complète de publications) à étudier les signaux ionosphériques des éclipses (Eisenbeis et al., 2019, Eisenbeis & Occhipinti, 2021) et des éruptions volcaniques (Manta et al., 2021) et à poursuivre, avec l’ONERA, l’apport des radars transhorizon pour la tomographie de l’ionosphère (Roy et al., 2014) et la détection des ondes de surface (Bourdillon et al., 2014, Occhipinti et al., 2018). Ninto s’était même mis avec passion au service de l’étude de la crise du COVID (Supino et al., 2020), sa seconde publication comme co-auteur dans le domaine médical (Nobile et al., 2008).

 

Infatigable artisan de la diffusion de la culture scientifique, Ninto fut également reporter hebdomadaire pour plusieurs émissions de radio scientifiques :  Un Jour Tout Neuf (France Inter, 2010-11), La Tête au Carré (France Inter, 2012-13), Le Futur c'est Maintenant (NOVA, 2015-16), ainsi que Recherche En Cours (Radio Aligre, 2008-9), et plus récemment dans le web-magazine Post-Ap Mag.

En interne à l’IPGP, Ninto fut également un co-organisateur enthousiaste des meetings annuels entre ERI et IPGP. Depuis deux ans, il était un co-animateur hyperactif des séminaires (Natural Hazards Coffees) du Thème Risques Naturels.

 

Ninto débordait d’idées et avait encore tant à faire et à transmettre dans tous ces domaines et pour les sciences de la Terre. Sa disparition est une immense perte. L’Institut de physique du globe de Paris n’oubliera jamais cette personnalité très attachante et le scientifique particulièrement créatif qu’il était. Tout son personnel adresse ses profondes condoléances à ses parents et à sa famille.

 

 

Avec les anciens proches collaborateurs et étudiants de Ninto,
Marc Chaussidon, Directeur de l’Institut de physique du globe de Paris.

 

Versione italiana :

 

Giovanni Occhipinti, Ninto per tutti i suoi colleghi e amici, è deceduto in un incidente stradale il 23 Dicembre 2021, mentre raggiungeva la sua città natale in Sicilia, Ragusa, per festeggiare nella sua famiglia il Natale.

 

Per molti dei suoi colleghi Ninto era come un faro, gentilmente e generosamente eclettico, perpetualmente entusiasta e traboccante di idee che condivideva volentieri. La sua apertura di spirito e il suo senso dell’umorismo si potevano ritrovare in tutte le sue comunicazioni. Molti dei suoi colleghi e dei suoi studenti hanno dei ricordi memorabili delle riunioni, dei corsi, del campo di formazione sul georadar o semplicemente delle discussioni con Ninto, animate in modo molto piacevole. Era anche uno dei più grandi esperti a livello mondiale dell’interazione tra la Terra Interna e l’ionosfera, in particolare dell’accoppiamento tra gli tsunami e l’ionosfera.

 

Ninto scoprì le scienze della Terre durante un soggiorno Erasmus in Francia all’Institut de physique du globe de Paris (IPGP) dove ritornò successivamente per preparare la sua laurea in Fisica, per l’Università di Bologna. In seguito, la sua tesi di dottorato all’IPGP lo ha poi lanciato nella nascente scienza dello studio dei segnali che i terremoti generano nell’ionosfera, scienza che ormai viene chiamata sismologia ionosferica. Come sovente nella sua carriera, Giovanni riassunse i suoi primi lavori con una frase ad effetto: “un pizzico di gravità in una buona salsa al plasma…”. Ottenne rapidamente dei risultati di prim’ordine con il primo rilevamento e modellizzazione della firma ionosferica di uno tsunami (Occhipinti et al. 2006, 2008), poi la prima individuazione e modellizzazione delle onde di Rayleigh nell’ionosfera con un radar trans-orizzonte (Occhipinti et al., 2010), realizzata in stretta collaborazione con  il centro francese di ricerca aeronautica ONERA. Per realizzare questa osservazione sperimentale, Ninto non aveva esitato a mettere in pratica uno dei suoi grandi principi, sempre tentare la fortuna: appena ricevette l’allerta di un secondo grande terremoto a Sumatra, il 28 Marzo 2005, saltò su un taxi e raggiunse il più rapidamente possibile il centro di controllo del radar Nostradamus. Sebbene avesse mancato il passaggio del primo treno di onde sismiche di superficie R1, arrivò in tempo per programmare il radar e registrare il segnale del secondo treno d’onde R2…

 

Dopo un post-dottorato al Caltech e al Jet Propulsion Laboratory in California, Ninto ottenne nel 2008 una cattedra di professore associato all’Università di Parigi, dove proseguì la sua carriera nel gruppo di Planetologia e Scienze Spaziali dell’IPGP. Il suo entusiasmo lo fece allora conoscere nella stampa come un fisico “Toccatutto dal look improbabile”, così come racconta quest’intervista del quotidiano Libération. Aveva delle grandi ambizioni, e sperava di “migliorare, con delle tecniche innovanti, l’allerta precoce degli tsunami”, come lo ricorda una nota dell’Institut Universitaire de France, di cui era membro junior dal 2016.

 

Dal 2010, le pubblicazioni scientifiche di Giovanni Occhipinti con i suoi studenti di dottorato, postdoc e prossimi collaboratori in Francia e all’estero, dimostrano che era particolarmente ben indirizzato su questa via, con l’analisi sistematica dei segnali ionosferici degli tsunami (Occhipinti et al., 2013, Coïsson et al., 2011,  Eisenbeis & Occhipinti, 2021, Kherani et al., 2012, Makela et al., 2011,  Rolland et al., 2010), la prima modellizzazione con batimetria oceanica della luminescenza atmosferica del grande tsunami del Giappone nel 2011 (Occhipinti et al., 2011), l’invenzione di una nuova magnitudine in sismologia (la magnitudine ionosferica, Occhipinti et al.  2018) e, più di recente, lo sviluppo di nuovi metodi rapidi di caratterizzazione ionosferica dei terremoti tsunamigenici (Manta et al., 2020, Ravanelli et al., 2021), questi ultimi lavori iniziati in collaborazione con i suoi colleghi dell’Università di Roma La Sapienza. Grazie al suo impulso, il monitoraggio in tempo reale dell’ionosfera verrà così realizzata in futuro dalle stazioni GPS della rete dell’Osservatorio della Guadalupa nelle Antille.

 

Per la sismologia ionosferica, disciplina che ha contribuito a fondare, anche con molteplici articoli di rassegna (Occhipinti, 2011,  2015, Jin et al., 2015, Hebert et al., 2021), Ninto era il più originale dei suoi ambasciatori: iniziò infatti numerose collaborazioni internazionali che contribuirono all’espansione di questo nuovo approccio in sismologia, in particolare durante dei soggiorni come professore invitato all’Earthquake Research Institute (ERI) dell’Università di Tokyo, poi all’Università di Roma La Sapienza.

 

Ma il campo scientifico di Ninto non si è limitato alla sismologia ionosferica applicata allo studio degli tsunami. Le sue ricerche lo hanno anche condotto tra molte altre (si veda la lista completa delle sue pubblicazioni)  a studiare i segnali ionosferici delle eclissi (Eisenbeis et al., 2019, Eisenbeis & Occhipinti, 2021) e delle eruzioni vulcaniche (Manta et al., 2021) e a continuare a sviluppare, con l’ONERA, l’uso dei radar trans-orizzonte per la tomografia dell’ionosfera (Roy et al., 2014) e l’individuazione delle onde sismiche di superficie (Bourdillon et al., 2014, Occhipinti et al., 2018). Ninto si era anche messo con passione al servizio dello studio della crisi del COVID (Supino et al., 2020), la sua seconda pubblicazione come co-autore in campo medico (dopo Nobile et al., 2008).

 

Instancabile artigiano della diffusione della cultura scientifica, Ninto fu ugualmente corrispondente settimanale per diversi programmi radiofonici scientifici: “Un Jour Tout Neuf” (Un giorno tutto nuovo, 2010-11) poi “La Tête au Carré” (La testa al quadrato, 2012-13) su France Inter, “Le Futur c'est Maintenant” (Il futuro è adesso) su Radio Nova (2015-16), così come “Recherche En Cours” (Ricerca in corso) su Radio Aligre (2008-9), e più recentemente nella rivista web Post-Ap Mag.

All’interno dell’IPGP, Ninto fu anche un co-organizzatore entusiasta degli incontri annuali tra l’ERI e l’IPGP. Da due anni, era un co-animatore iperattivo dei seminari (Natural Hazards Coffees, caffè dei Rischi Naturali) della Tematica istituzionale “Rischi Naturali”.

 

Ninto traboccava di idee e aveva ancora tanto da fare e da trasmettere in tutti questi ambiti e per le scienze della Terra. La sua scomparsa è una perdita immensa. L’Institut de physique du globe de Paris non dimenticherà mai questa personalità così accattivante e lo scienziato particolarmente creativo che era. Tutto il suo personale invia le sue più sentite condoglianze ai suoi parenti e alla sua famiglia.

 

Insieme ai più stretti collaboratori e studenti di Ninto, 
Marc Chaussidon, Direttore dell’Institut de physique du globe de Paris.